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Le régime riche en graisse et viande des Inuits

Peut-on manger comme des esquimaux ?

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Le régime traditionnel des Inuits a longtemps été un paradoxe. Comment restent-ils en pleine forme par -40 °C, en mangeant quasi exclusivement des poissons et des mammifères marins, autrement dit des graisses et des protéines?

L'alimentation des Inuits mise sur des graisses animales

Contrairement aux croyances populaires le régime des Inuits n’est pas aussi carnivore qu’on l’imagine. Déjà parce qu'ils mangent les végétaux qui se trouvent dans l'estomac et les intestins des herbivores qu'ils capturent (lièvres polaires, bœufs musqués…), des baies sauvages l’été, mais surtout parce qu'ils consomment régulièrement une grande quantité d'algues marines, comme la population japonaise ou coréenne. De quoi combler leurs besoins en fibres et vitamines C, tout en récupérant une quantité de glucides non négligeable.Ajouter un paragraphe ici.

La découverte de deux acides gras inconnus

La découverte des Oméga dans la graisse animale, surtout les poissons gras

Une étude épidémiologique danoise, a été menée de 1950 à 1974, sur 1800 Inuits. Un groupe demeuré sur la banquise avait conservé le régime traditionnel, tandis que le second, émigré au Danemark, avait adopté un mode vie plus occidental. La comparaison entre les deux populations montre alors, à la surprise générale, que les Inuits de la banquise affichent une meilleure santé, notamment au niveau cardio-vasculaire, en dépit des quantités astronomiques de graisses animales qu'ils consomment. Des graisses que l'on considère alors comme globalement néfastes pour le système cardiaque.

Pour comprendre ce résultat surprenant, deux chercheurs danois reprennent donc les investigations. Jorn Dyerberg et Hans Bang veulent savoir si le taux de lipides dans le sang des Inuits reflète la haute teneur en graisses animales de leur alimentation. Et les premiers résultats sont incontestables: les Inuits de la banquise ont un faible taux de cholestérol sanguin en dépit d'une consommation hors norme de matières grasses animales.

Les deux chercheurs se sont alors lancés dans une analyse fine des 130 échantillons de plasma à leur disposition et y ont découvert, en 1975, deux acides gras inconnus jusqu'alors: l'acide eicosapentaénoïque (EPA) et l'acide docosahexaénoïque (DHA), deux acides à longues chaînes appartenant à la famille des oméga-3.

De nombreuses études montrent que les oméga-3 ont de nombreuses vertus cardio-vasculaires: ils augmentent le taux sanguin du bon cholestérol HDL, diminuent le mauvais LDL et le cholestérol total, réduisent les inflammations et régulent par ailleurs le rythme cardiaque. C'est grâce au régime ancestral des Inuits que l'existence de bonnes graisses animales a pu être découverte, ce qui a provoqué une petite révolution dans nos connaissances nutritionnelles.

L’influence des gènes

L'influence des gènes sur le métabolismes des Inuits

Les gènes des Inuits ont connu des mutations qui leur ont permis de s'adapter à une alimentation pauvre en végétaux, riche en graisses, et à la vie dans le froid.
Ainsi d'après un article paru dans Science, les Inuits auraient développé des mutations dans des gènes du métabolisme ; ces mutations leur auraient permis de tolérer un régime extrêmement riche en graisses ; l'effet secondaire de ces mutations serait une petite taille. D'après cette nouvelle recherche, ce qui est vrai chez les Inuits ne le serait pas forcément chez les autres populations.

Les chercheurs ont analysé le génome de 191 habitants du Groenland et l’ont comparé aux génomes de 60 européens et 44 chinois Han. Ils ont trouvé des différences importantes dans des gènes qui codent pour des enzymes qui désaturent les liens carbone-carbone des acides gras. Ces enzymes sont des désaturases et convertissent des acides gras alimentaires en acides gras qui peuvent être stockés et métabolisés par l’organisme. Ces mutations génétiques ont été trouvées dans près de 100 % des Inuits et à peine 2 % des européens et 15 % des chinois Han. Les Inuits et leurs ancêtres sibériens auraient donc des mutations spéciales dans des gènes impliqués dans le métabolisme des graisses qui les aideraient à contrebalancer les effets d’un régime riche en graisses d’animaux marins (baleine, phoque).
Les mutations semblaient avoir au moins 20000 ans et pourraient avoir permis une adaptation à des régimes riches en viande et en graisses. Elles seraient apparues chez les Sibériens qui vivaient dans l’Arctique il y a plus de 20000 ans et qui sont arrivés au Groenland quand les Inuit s’y sont installés.

Ces mutations génétiques chez les Inuits ont différents effets. Elles réduisent le niveau d’insuline à jeun, ce qui pourrait protéger du diabète et de maladies cardiovasculaires. Elles ont aussi un effet significatif sur la taille, car la croissance est en partie contrôlée par le profil des acides gras de l’individu.

L’alimentation seule n’explique pas tout

Ces découvertes pourraient remettre en question certaines idées sur les bénéfices des huiles de poisson, comme l'explique Rasmus Nielsen, professeur de de biologie intégrative à Berkeley : "L'intérêt initial de l'huile de poisson et des oméga-3 provenait d'études sur les Inuits : avec leur régime alimentaire traditionnel, riche en graisse de mammifères marins, les Inuits semblaient tout à fait en bonne santé avec une faible incidence de maladies cardio-vasculaires ; aussi l'huile de poisson semblait être protectrice". Il ajoute : "Nous avons maintenant trouvé qu'ils ont des adaptations génétiques uniques à ce régime, de sorte qu'il est difficile d'extrapoler à d'autres populations."
Malgré tout, la consommation de poisson reste associée dans la plupart des études à un risque cardiovasculaire réduit.
 

Qu’en est il des maladies cardiaques ?

Les maladies cardiaques

Mais d’où vient cette notion que les acides oméga-3 sont bénéfiques pour le cœur, et est-elle médicalement fondée ? Des scientifiques, dont un cardiologue professeur à l’Université d’Ottawa (Canada), le docteur George Fodor, se sont penchés sur l’origine de cet « engouement » pour ces acides gras.
 

Suite à leur étude Jorn Dyerberg et Hans Bang avaient conclu: « La rareté des maladies cardiaques chez les Esquimaux groenlandais peut en partie être expliquée par l’effet antithrombotique (qui empêche la formation de caillots de sang) des acides gras polyinsaturés à longue chaîne, spécialement l’acide eicosapentaénoïque prévalent dans les aliments riches en huile d’origine marine ».
Cependant, n’étant pas cardiologues mais biochimistes nutritionnistes, il leur était difficile d’être certains de la bonne santé cardiaque des habitants d’Ummannaq. car ils ne les ont pas examinés cliniquement.

Une remise en cause du rôle des Omega 3 dans les années 2000

On soupçonne maintenant, notamment grâce à une étude menée par P.Bjerregaard en 2003, que la fiabilité de ces données est discutable :

  • dans les années 1970, plus de 30% de la population du Groenland vivait dans des habitations dispersées loin de tout personnel sanitaire. Ainsi, plus de 20% des certificats de décès étaient rédigés sans qu’un médecin n’ait examiné les corps.
  • Jusque dans les années 2000, aux Etats-Unis et en Europe, au moins un quart des infarctus du myocarde n’étaient pas diagnostiqués (étude de Sheifer et al. de 2001). Au Groenland, les moyens d’investigations des médecins étaient encore plus limités.

Afin d’en savoir plus sur la santé cardiovasculaire de la population inuite, l’équipe de George Fodor a recherché si d’autres travaux avaient été publiés sur ce sujet dans la littérature scientifique. Ils ont trouvé une dizaine d’études concernant des populations inuites au Groenland, au Canada et en Alaska. Or la majorité de ces études montre que les Inuits ont une mortalité cardiovasculaire égale, voire supérieure à celle des Américains et des Européens. Ces études sont certes plus récentes que celles de Bang et Dyerberg, et les Inuits ont acquis un mode de vie qui les éloigne des coutumes traditionnelles, alimentaires et autres.

Cependant en 1940 déjà, un médecin danois, A. Betelsen, qui pratiqua de nombreuses années au Groenland, décrivait une occurrence élevée de maladies coronariennes dans ce pays. Mais son article, écrit en danois et publié dans une revue à faible tirage, est resté largement ignoré.

Poursuivant leurs recherches bibliographiques, G. Fodor et son équipe ont ensuite répertorié les articles scientifiques qui rapportaient les effets des compléments en oméga-3 chez les malades cardiaques. Ils citent notamment deux méta-analyses et des essais cliniques randomisés qui ramènent des résultats contradictoires, les études plus récentes concluant à une absence d’effets.

Or alors que ces effets bénéfiques cardiovasculaires sont maintenant remis en cause, de nombreuses études publiées dans des revues scientifiques sérieuses à comité de lecture, même des plus prestigieuses comme le « New England Journal of Medicine » continuent de faire référence à l’étude de Bang et Dyerberg comme preuve de la faible prévalence de maladies des artères coronaires chez les Esquimaux.

L’équipe de Fodor attribue ce manque d’esprit critique au fait que l’on exige moins de niveau de preuve lorsqu’il est question de produits alimentaires que lorsqu’il est question de molécules médicamenteuses, et considère qu’il s’agit d’un bon exemple de « biais de confirmation ».

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